Science
Ces cellules cancéreuses qui font le mort, et comment les frapper deux fois
Après une chimiothérapie apparemment réussie, un cancer de l'ovaire revient parfois. Les travaux financés par l'Institut ont montré pourquoi, et ont mené à un essai clinique combinant deux médicaments.

En cancer de l'ovaire, un scénario revient trop souvent. La chimiothérapie fonctionne, la tumeur régresse, les examens sont bons. Puis, des mois ou des années plus tard, la maladie repart. La question qui hante ce domaine est simple à formuler : où était-elle pendant ce temps ?
La dormance plutôt que la mort
Les travaux de Francis Rodier, chercheur membre de l'Institut, apportent une partie de la réponse. Sous l'effet de la chimiothérapie, certaines cellules cancéreuses ne meurent pas. Elles entrent dans un état particulier, appelé sénescence, où elles cessent de se diviser sans pour autant disparaître.
Vues au microscope, ces cellules ressemblent à des survivantes inoffensives. Elles ne le sont pas : elles peuvent se réveiller, et elles entretiennent autour d'elles un environnement inflammatoire qui favorise la reprise de la maladie.

Pourquoi la chimiothérapie seule ne suffit pas
Une chimiothérapie vise les cellules qui se divisent vite. C'est précisément ce qui la rend efficace contre une tumeur, et c'est aussi ce qui explique ses effets secondaires. Mais une cellule qui a cessé de se diviser échappe mécaniquement à cette logique. Le traitement passe à côté.
Le one-two punch
L'idée qui découle de cette découverte est directe : si un premier traitement pousse les cellules en sénescence, alors un second, capable d'éliminer spécifiquement les cellules sénescentes, devrait finir le travail. Ces médicaments existent.
Le projet a été financé par l'Institut à hauteur de près de 165 000 $. Les résultats ont été publiés dans Nature Communications, une revue à comité de lecture exigeante, et ils ont mené à un essai clinique combinant chimiothérapie et médicament anti-sénescence. Cet essai est en bonne partie dirigé par le groupe en gynéco-oncologie du CHUM, avec la Dre Diane Provencher.

Vingt ans d'échantillons avant la découverte
Ces travaux n'auraient pas été possibles sans une ressource invisible : plus de vingt ans de mise en banque d'échantillons de patientes atteintes de cancer de l'ovaire, dirigée par Anne-Marie Mes-Masson. Chaque échantillon a été donné par une femme malade, souvent sans espoir d'en bénéficier elle-même.
C'est le genre d'investissement qu'aucune logique de résultat trimestriel ne produit, et c'est exactement ce qu'une fondation patiente peut financer. Fait notable, l'Institut avait aussi assuré la formation de Francis Rodier dans le laboratoire d'Anne-Marie Mes-Masson, puis son retour de Californie.


