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Impact

382 000 $, un recrutement, et une question que l'on pose désormais avant une immunothérapie

Comment un financement de démarrage a permis de faire revenir un chercheur de Paris, et comment ses travaux ont modifié ce que l'on demande aux patients avant de commencer un traitement.

Comment un financement de démarrage a permis de faire revenir un chercheur de Paris, et comment ses travaux ont modifié ce que l'on demande aux patients avant de commencer un traitement.

Il est difficile d'expliquer à quelqu'un ce que son don devient. Les grandes causes parlent en millions et en pourcentages, ce qui ne veut rien dire à l'échelle d'une personne. Voici donc un cas précis, avec son montant.

Le montant

L'Institut du cancer de Montréal a engagé plus de 382 000 $ dans son programme microbiome. Cette somme a servi à deux choses : acquérir des équipements de pointe, et recruter un chercheur. Une banque de tissus et de données en cancer du poumon a par ailleurs reçu plus de 300 000 $, et sert aujourd'hui à ces mêmes travaux.

Le chercheur

Le Dr Bertrand Routy a obtenu son doctorat à l'Université de Paris XI en 2017. Il travaillait à l'Institut Gustave Roussy, l'un des grands centres européens de cancérologie. En 2018, il est revenu à Montréal, dans le cadre du programme Rapatriement des cerveaux de l'Institut, qui offre un fonds de démarrage sur cinq ans.

Ce détail compte. Un chercheur de ce niveau ne rentre pas par nostalgie : il rentre s'il peut ouvrir un laboratoire, acheter du matériel et payer une équipe pendant le temps qu'il faut pour obtenir de premiers résultats. Sans ce fonds, il serait resté.

jeune chercheuse installant du matériel dans un laboratoire neuf, cartons ouverts
Le fonds de démarrage couvre les cinq premières années : équipement, équipe, et le temps d'obtenir des résultats.

La découverte

Les travaux du Dr Routy portent sur le microbiome, c'est-à-dire les bactéries qui vivent dans notre intestin. On sait depuis longtemps qu'elles influencent la digestion et l'immunité. Ce que ses recherches ont montré est plus dérangeant : la prise d'antibiotiques modifie ce microbiome, et cette modification peut neutraliser l'efficacité d'un traitement par immunothérapie.

Autrement dit, un patient atteint d'un cancer avancé peut recevoir une immunothérapie coûteuse et prometteuse, et n'en tirer aucun bénéfice, parce qu'il a pris des antibiotiques peu de temps avant pour une raison sans rapport.

Ce qui a changé en clinique

Cette découverte ne se voit pas dans un nouveau médicament. Elle se voit dans une question. Aujourd'hui, dans les services d'oncologie, on s'intéresse à l'exposition récente d'un patient aux antibiotiques avant d'entamer une immunothérapie. Cela ne coûte rien et cela évite des traitements dont on savait, sans le savoir, qu'ils échoueraient.

poche de perfusion suspendue dans une salle de traitement lumineuse, sans patient visible
Une immunothérapie représente un coût élevé et une fenêtre thérapeutique limitée. Savoir qu'elle a peu de chances de fonctionner change la décision.

Ce que ce cas prouve, et ce qu'il ne prouve pas

Il prouve qu'un financement de démarrage relativement modeste peut produire un effet clinique réel, à condition d'être placé sur la bonne personne au bon moment. C'est le raisonnement qui gouverne les décisions de l'Institut.

Il ne prouve pas que chaque don produira le même résultat. La recherche échoue souvent, et la plupart des projets financés ne débouchent sur rien de spectaculaire. C'est le prix d'un domaine où l'on ne sait pas d'avance ce qui marchera. Un organisme qui vous promettrait l'inverse mentirait.

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